jeudi 16 août 2012

Où VA LA REVOLUTION EGYPTIENNE ?

Le week-end dernier aura été marqué par un coup de théâtre en Egypte. Le tout nouveau président Mohamed Morsi, écarte subtilement le maréchal Hussein Tantaoui, ministre de la défense, ex-chef d’Etat de fait après la chute de Moubarak, invité à faire valoir son droit à la retraite qu’il meublera avec le beau rôle de conseiller militaire du chef de l’Etat. Par ailleurs, la « Déclaration constitutionnelle complémentaire » du 17 juin dernier accordant à l’armée de larges pouvoirs sur le législatif a été aussi abrogé. Le nouveau président concentre désormais les pouvoirs législatif et exécutif.
D’un certain point de vue, cette situation paraît prévisible. Le nouveau président se devait de prendre en main la situation dès le départ ou il ne ferait plus jamais, compromettant définitivement les espoirs de changement de la population. Il fallait démêler l’écheveau de l’armée et du pouvoir exécutif pour que chacun joue son rôle. Cette décision a été surtout saluée place Tahrir par les Frères musulmans. Ce qui est tout un symbole, car surpris par le tournant pris les événements, les partisans de la laïcité voyaient encore dans l’armée un ultime rempart contre une récupération totale des acquis de la révolution par une frange de la population.
D' un autre point de vue, l’armée pourrait-elle s’accommoder de sa nouvelle situation sachant qu’elle a toujours géré non seulement la défense nationale mais aussi les affaires et d’une certaine manière, le pouvoir ? L’histoire politique du continent africain nous révèle plusieurs épisodes où une mise en péril des intérêts de l’armée a souvent conduit à la catastrophe. L’appel des Etats-Unis à une collaboration franche et consensuelle entre l’exécutif et l’armée est tout à fait fondé pour éviter tout dérapage qui serait plus chaotique que la situation remise en cause par les révolutions.
Mais la grosse question reste bien celle-ci : que sont devenues les revendications de la génération Facebook qui a contraint Moubarak au départ ? Où sont-ils maintenant alors que les Frères Musulmans dominent la vie politique dans la logique démocratique qui veut que le parti ou la coalition ayant gagné les élections gouvernent ? La liberté recherchée pourrait-elle naître des cendres de la dictature de Moubarak ? Où passeront-ils subtilement à une nouvelle dictature, cette fois-ci religieuse ? Comment bâtir une société libre et démocratique quand l’on est issu d’un parti religieux ? Les prochains mois nous renseigneraient davantage…

P. Eric Oloudé OKPEITCHA

samedi 11 août 2012

PAIN DE VIE ET D'AMOUR FRATERNEL...!

XIX DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE B COMMENTAIRE D’ENSEMBLE DES TEXTES (1 R 19,4-8 / Ep 4,30-5,2 / Jn 6, 41-51) 1. « Lève-toi et mange !» La démonstration de force du prophète Elie sur le mont Carmel contre le mensonge et la fausseté des prophètes de Baal lui attire la haine et les persécutions de la reine Jézabel. L’«homme de Dieu » prend la fuite. Il se sent seul et découragé. Il entre en crise… « C'en est assez maintenant, Yahvé ! Prends ma vie… » (1 R 19,4) L’ange du Seigneur l’éveille à consommer l’eau et le pain miraculeux et accueillir la Parole de Dieu pour reprendre des forces. Sa fuite pour se sauver se transforma en un pèlerinage sur l’Horeb, une rencontre avec Dieu. Sa crise devient nouveau départ ou redécouverte du Dieu de ses Pères aux sources de la vraie foi. Elie nous offre une expérience fortifiée par la Parole de Dieu et le Pain de vie, soutient spirituel de l’âme, de l’esprit et du corps qui nous ouvre à la vraie union avec Dieu. « Lève-toi et mange » : l’insistance de l’ange relève implicitement qu’il est un pain spécial aux bienfaits inimaginables que les promesses humaines ne peuvent procurer. 2. Le Pain que Dieu nous donne ! Cette nourriture est celle qui nous fait entrer dans la pleine connaissance de Dieu et nous fait, nous savoir comme ses fils. Se savoir fils et filles de Dieu est l’annonce de la vie qu’Il nous donne dans le Pain de vie. Ce Pain que nous consommons, don de sa vie, nous immerge dans l’action salvifique que Dieu-Père a inauguré dans le Fils. Ce n’est plus la manne du désert qui rassasiera. Jésus Lui-même s’est nommé à la place de la manne, vrai Pain. Contre cette vérité se dressent « les murmures », nos doutes, nos manques de foi en un mot une crise qui est refus de voir dans le Fils du charpentier de Nazareth, le Fils de Dieu et Dieu Lui-même, rejet des mystères de l’Incarnation et de la Croix. Ce Pain de vie que nous recevons dans l’Eucharistie est Christ Sagesse, Lumière du monde que Dieu nous révèle. Dans la communion de l’Esprit, le Père à son tour nous le révèle vrai Fils en qui nous devenons fils et frères. La fraction du pain de tous les dimanches exalte en nous cette circularité vive d’Amour, force qui divinise et transforme faisant de nous pleinement hommes pour l’incarner à notre tour. 3. Incarner Christ Pain de vie… ! Incarner Christ Pain de vie, passe par la foi, cette foi qui lie notre vie à sa vie, et nous laisse nous conduire et instruire par Dieu (Jn 6,45). L’école de Dieu à laquelle l’évangile de Jean nous convie est l’accueil de la vie du Fils, Pain et Parole de vie. Vivant en Lui, nos vies deviennent incapables d’égoïsme et du mal car Christ-eucharistie est puissance du Bien, Lumière et force de l’Esprit qui pousse à la donation de soi pour les autres. L’imitation de l’amour du Christ dans l’offre du pardon et la le partage de sa miséricorde entre nous, est une conséquence logique de l’eucharistie, pain et l’eau qui donne vie dans les souffrances de nos frères et sœurs. P. Chelbin Alfred Wanyinou HONVO

dimanche 5 août 2012

CHRIST, VRAI PAIN DU CIEL ...!

XVIII DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE B COMMENTAIRE D’ENSEMBLE DES TEXTES Ex 16,2-4.12-15 / Ep 4, 17.20-24 / Jn 6, 24-35) 1. Le Pain de la liberté … ! L’histoire de la manne au désert est sujet à multiples interprétations. L’une des curiosités scientifiques l’identifie au produit nutritif qui au désert provient d’un arbre, le tamerix mannifera. Sans contredire ces identifications possibles pour l’approfondissement nécessaire et renouvelé de notre compréhension du mystère divin, la manne est bibliquement l’expression des libéralités du Seigneur auxquelles l’homme se doit de répondre par une profession de foi toujours renouvelée. Comme Israël, les nombreuses difficultés de la vie, les insécurités et misère du désert nous font faire l’expérience de notre précarité. Dieu ne change pas selon les circonstances de souffrance ou de joie extérieures. Il ne reste pas indifférent à nos insécurité et pauvreté du désert. Il nous veut siens. La « nostalgie de l’Egypte », terre d’esclavage ou le désir d’y retourner ne traduit pas seulement la peur d’affronter l’aridité ou l’inconnu de la nouveauté mais le refus de se laisser conduire et éduquer par Lui. Les nombreuses murmures peuvent dangereusement faire naitre le soupçon et le manque de foi. Le pain de la liberté ou le pain de notre salut a un prix, celui du choix de Dieu et l’acceptation de la souffrance. Le choix contraire est repli sur soi-même, fermeture à l’espérance et à la grâce divine. Le don de la manne est l’épreuve qui n’est pas seulement à comprendre comme malheur ou mise en examen. C’est le signe qui certainement vérifie la qualité de notre élection de Dieu comme « vrai pain de vie » et signe comme photographie qui donne l’avant-goût de son amour libérateur et purificateur en Christ. 2. Le Pain de vie… ! C’est Lui le Fils, « pain de vie » qui délivre de la manne de tout ce qui est passager et artificiel. Nos Pères l’ont mangée au désert et sont morts. Ce pain qu’il donne est le pain de l’immortalité car la communion à son corps et son sang, régénère l’humaine nature et lui communique la vie divine. On comprend aisément le saut qualité que Jésus a voulu nous faire faire dans son enseignement sur le pain de vie en Jean. Cette nette différence entre la manne, cette nourriture matérielle et la nourriture spirituelle qu’Il donne à une première vue est affirmation de sa supériorité sur Moïse, et plus, elle invite à nous ouvrir aux richesses de sa Parole qui crée toute chose nouvelle. Croire en Lui fait irradier en nous ses richesses qui sauvent de toute faim et soif de ce monde. Ce n’est pas seulement la production ou la surproduction de fruits qui nourrit l’homme. C’est sa Parole qui fait subsister celle ou celui qui croie en Lui (Sg 16,26) « L'homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8, 3). Ce Pain-Parole qui sort de sa bouche est le verbe qui nous re-crée. 3. Le Pain qui fait l’homme nouveau… ! L’indication de Paul à propos de la nouveauté apportée par Christ est claire : « …vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leurs pensées.» (Ep 4,17) Les croyants-disciples du Christ sont ceux qui vivent dans lumière du Christ et se dépouille totalement du vieil homme et ses soubresauts. En Lui et avec Lui « Pain de vie et Pain nouveau » nous devenons des hommes nouveaux pour un monde meilleur. P. Chelbin Alfred Wanyinou HONVO

samedi 28 juillet 2012

LA PUISSANCE DU PARTAGE...!

XVII DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE B

COMMENTAIRE D’ENSEMBLE DES TEXTES

(2 R 4,42-44 / Ep 4, 1-6 / Jn 6, 1-15)



LA PUISSANCE DU PARTAGE…!

1. Partage le peu … !



Le miracle de la multiplication des pains d’orge fait partie des textes que les écritures appellent le cycle d’Elisée. Ce miracle prouve comme beaucoup d’autres, l’authenticité de la mission de ce prophète fils spirituel et successeur du grand prophète Elie. Sans perdre de vue les intentions de l’écrivain biblique, il confirme la force agissante de Dieu, la surabondance des biens dont il comble son peuple. C’est Dieu qui pourvoie aux besoins de ses fils et filles qui dans la misère crient vers Lui et aux temps qui sont les derniers, fait de son Fils, « le vrai pain qui descend du ciel.» Sans contredire ce rappel théologique nécessaire des textes de ce Dimanche, nous n’oublierons pas qu’il s’agissait en première lecture, des offrandes des prémices, offrandes de reconnaissance des bienfaits du Seigneur (Lv 23,17-18) portées à Elisée et à ses disciples vivant près du sanctuaire de Galgala… Le prophète ordonna que le peu de pain de l’homme, offert à Dieu par amour en reconnaissance de son Amour sans mesure, soit distribué à une foule tout comme Christ ordonnera à Philippe et à André et aux disciples de partager 5 pains et 2 poissons à plus de cinq mille hommes. Le peu partagé dans la foi devient grâce et bénédiction. L’indigence offerte dans l’humilité de l’écoute de la Parole de Dieu ouvre la finitude de l’homme à l’infini de Dieu. L’espace divin devient naturellement espace d’humanisation d’un Dieu qui en Christ prend le chemin de la souffrance de l’homme.



2. Partage, dans la foi et l’écoute…



Dans le texte d’évangile prévaut non une logique d’accumulation ou de sauvegarde de quelque chose mais celle du don et du partage par lesquels le peu devient source de l’abondance comme ironiquement le relève le texte : on a recours à un enfant, un garçon pour résoudre un si grand problème. Le peu ou la petitesse a toujours un prix de grandeur et de profondeur spirituelle. Par là, on peut dire que l’esprit d’accumulation tue toute initiative humaine de développement. Et l’on ne peut gagner qu’après avoir perdu. Le gain personnel n’est pas ce qui est ici recherché sinon le Bien de tous. Partant comme Philippe du légitime souci humain de moyens efficaces pour trouver solution aux problèmes humains, nos forces humaines capitulent et capituleront toujours. André est presque sur le même plan de difficulté que Philippe à la différence qu’il ouvre le peu humain à la grâce divine dans l’espérance. Sans cesser d’être perplexe devant l’immensité du problème, il (André) s’est peut-être rappelé son catéchisme de l’Ancien Testament où YHWH, par son prophète Elisée, a nourri les foules à partir du peu. La foi est mémoire des merveilles du passé qui s’ouvre à la présence éternelle de Dieu dans l’aujourd’hui. Partant de l’humilité d’une foi qui sait se tourner vers Dieu en Jésus-Christ et dans un esprit de don de soi, nous jetterons le filet pour une « pêche miraculeuse.» La Parole de Dieu donne sens et signification à la vie humaine et fait comprendre que le travail ou le bien d’un individu ne lui profite que quand il peut être bien-pour-tous. C’est une vérité toute chrétienne : la dignité de l’homme vient de sa capacité d’être don de soi pour les autres. Le miracle de la multiplication des pains s’appuie sur les biens humains en nos mains. André a compris que ce signe-miracle n’adviendra pas sans collaboration de chacun d’entre nous dans le partage et non d’abord dans l’hyperproduction de biens et services pour assouvir la faim. Les richesses de la terre partagées dans le respect et la foi, suffiront pour orienter nos regards vers biens éternels à venir. C’est pour ces biens que Christ s’est retiré de la foule qui veut le faire roi c’est-à-dire le faire tristement demeurer esclave et prisonnier de cette terre.



3. Partage, dans l’Amour et l’Espérance à venir…



L’intention de la foule de le faire roi peut apparaître une légitime reconnaissance de la puissance divine. Jésus sait cependant que se laisser aux honneurs pour le bien qu’on a fait ou les traduire en pouvoir politique de quelque nature que ce soit tue le charisme, tue la révélation… Des mouvements et associations ecclésiales doivent humblement en tirer leçon. La multiplication des pains ne peut que devenir rare dans un univers chrétien ou on cherche à tout pris à lutter pour être roi ou pour des poses...



Chelbin Alfred Wanyinou HONVO







vendredi 27 juillet 2012

POURQUOI ABANDONNENT-ILS LEUR CONTINENT ?


      « Ils » les jeunes africains abandonnent en masse le continent africain à la recherche des lendemains meilleurs sous d’autres cieux, Europe, Canada, Etats-Unis… Quel jeune africain ne rêve pas de poser un jour ou l’autre devant la tour Eiffel ou devant la statue de la liberté qu’il a toujours vues sur le net ou dans un reportage ? Ne dit-on pas que le monde est devenu un « village global » ?

Et si après le Baccalauréat, il se heurte aux conditions difficiles de vie et d’études dans les universités africaines souvent pléthoriques  et presque toujours marquées par une pénurie criarde de personnel enseignant qualifié et de matériel didactique, il commence par nourrir le  désir de fouler de ses pieds les couloirs des universités étrangères, à la quête d’une formation meilleure. A-t-on oublié que la plupart des élites actuelles de nos pays africains ont été formées dans lesdites universités ?

Et si par bonheur, il réussissait à finir ses études universitaires sur place (ce qui n’est pas donné à tout le monde)  il expérimentera chemin faisant, quel que soit son secteur d’activité,  les lourdeurs et autres magouilles administratives aussi paralysantes les unes que les autres. Naîtra alors une envie, celle de s’échapper pour des conditions plus valorisantes de la compétence  et du mérite sous d’autres cieux.

Quand se dégradent les conditions sociales et économiques et que, par surcroît, la stabilité politique disparaît dressant le lit aux conflits et guerres, le jeune africain prend la route de l’exil pour échapper à la misère ou  au massacre dans le cas des conflits. Dans son nouveau pays d’accueil, il se dit prêt à n’importe quel travail pour survivre, vivre et faire vivre. Mon cœur d’africain saignait au cours de la crise libyenne en voyant débarquer sur les côtes italiennes, dans des conditions héroïques pour ne pas dire tragiques, des milliers de réfugiés africains. Interrogés certains ont crié leur malchance : ils ont tout bradé pour aller en Libye et voilà que deux ans après, sans épargne consistante, ils sont contraints de fuir les combats. Retourner au pays… ils n’ont plus rien là-bas sinon que tout le monde attend d’eux quelque chose. Unique possibilité, continuer l’aventure en tentant l’Europe..

Les raisons sont infinies pour lesquelles, les jeunes africains prennent la décision d’abandonner leur continent. Et en quelques années, ils ont investi l’Europe, le Canada et les Etats-Unis jusqu’à devenir aujourd’hui un problème de société par rapport auquel les partis politiques sont invités à prendre position, tiraillés qu’ils sont entre l’ouverture et le repli sur soi, à la faveur de la crise qui les secoue aussi.  

Et l’érosion des forces vives du continent africain continue entre rêve, envie, désir et ambition... Mais que deviennent-ils et que font-ils réellement une fois partis ?

P. Eric Oloudé OKPEITCHA

samedi 21 juillet 2012

CHRIST, NOTRE PAIX... !


XVI DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE B

COMMENTAIRE D’ENSEMBLE DES TEXTES

(Jr 23, 1-6 / Ep 2, 13-18 / Mc 6, 30-34)

  1. …Je rassemblerai moi-même mes brebis !

Jérémie est dur envers de tous ceux qui ont charge d’Israël, chefs religieux, rois… L’oracle prononcé au temps du roi Sédécias ne l’épargne pas non plus... Ils ont trahi les promesses divines (apostasies et idolâtries sous toutes formes) et fait perdre le chemin de la vie au peuple. Dieu promet un nouveau et bon pasteur, de la dynastie davidique. C’est Lui qui rassemblera le peuple et le fera paître aux sources de la Parole de Dieu qui libère et sauve. Cette ère nouvelle sera l’ère de la justice et de la paix que le peuple verra s’accomplir dans de nombreuses figures historiques. Mais elle s’accomplit vraiment en Christ, Fils de David (Mt 1,1) qui inaugure les temps nouveaux… Le nom Sédécias imposé au roi par les colons babyloniens signifie « Seigneur-ma-justice » contrairement à celui du Messie de Dieu qui désormais sera « Seigneur-notre-justice ». le Seigneur  est pour tous, prend soin de tous. La charité pastorale se substitue à l’égoïsme. Devant la misère du peuple, Jésus « fut saisi de pitié envers eux parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement » (Mc 6,34). Il se révèle ainsi pasteur messianique enseignant et après, leur donnera à manger. Autour de Lui les disciples font l’expérience de l’être-pasteur.


  1. …Autour de Jésus !

Tout joyeux, les envoyés de Jésus reviennent rendre compte de leur expérience de semeurs d’évangile. Dans toute l’œuvre de Marc, c’est ici et ici seulement que les douze sont désignés « apôtres ». Leur mission est en parfaite continuité avec celle du Christ, et le pose comme centre de gravité. La mission part de Jésus et revient encore à Lui, le vrai Pasteur. Il est le point de départ et d’arrivée de toute vraie et authentique vie chrétienne. La présence de la foule démontre une soif toute particulière, un besoin intense et très fort de la Bonne Nouvelle que la société ne donne et ne peut donner. Les mensonges et toutes sortes de dominations politiques successives (dominations Assyrienne, Babylonienne, Perse, Grecque et Romaine…) ont ruiné le peuple. Le monde d’aujourd’hui n’en est pas loin. Il n’y a que le Fils de Dieu qui démontre une sollicitude gratuite et est prêt à sacrifier sa vie. Il est le bonheur et la paix à l’école de qui tous devront se mettre. Les apôtres l’ont compris. Avec Christ, la vie humaine se revêt de toute sa splendeur. Pour eux, être missionnaire signifie avant tout capacité à vivre avec Christ comme centre vital de tout. Apprendre à vivre avec Lui pour une intimité de repos, de silence de solitude féconde de paix. Le désert est le lieu où Dieu après la libération d’esclavage d’Égypte, s’est montré de manière particulière à Israël et lui a parlé au coeur. Savoir prendre le désert en Christ, c’est savoir vivre de Lui et en Lui pour une histoire particulière d’amour en un « seul à seul » dans la prière qui nourrit et féconde l’apostolat et la vie chrétienne. Le chrétien n’est pas un activiste qui passe d’une activité à une autre dans une fatigue accablante. Mais celui qui sait se reposer et se ressourcer en Lui, comme si on parlait d’une Christothérapie, Christ qui guérit nos blessures intérieures et opère toute vraie libération. En Lui, l’homme retrouve Dieu qu’il a perdu et peut perdre à tout moment à cause du péché.


  1. …Proches de Dieu par le Sang du Christ !

Par son sacrifice sur la croix Il délivre l’humanité d’une vie dépourvue de sens et de signification et réconcilie le monde avec Dieu. Son sang versé réhabilite tous, sans distinction de race et de culture, à devenir peuple de Dieu. Le mur invisible qui séparait les nations entre elles est tombé. Le mystère de la croix fait de tous ceux qui l’accueil, dignes de la grâce d’Amour qui libère et procure la Paix. L’humanisation de Dieu en Christ, a ouvert la divinité en Christ à l’humanité. Tout ce qui est chrétien est humain. C’est la grande nouveauté de l’œuvre de rédemption en Christ, notre vrai Paix.

P. Chelbin Alfred Wanyinou HONVO


samedi 14 juillet 2012

ANNONCER LA RICHESSE DE SA GRACE... !


XV DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE B

COMMENTAIRE D’ENSEMBLE DES TEXTES
(Am 7, 12-15 / Ep 1, 3-14 / Mc 6, 7-13)
1.    Je ne peux pas ne pas prophétiser… !

Dans le tout nouveau Royaume du Nord né des péripéties de la sécession après la mort du roi Salomon, Dieu suscite Amos prophète presque à la même période qu’Isaïe à Jérusalem au Sud (Is 1,11-14). C’était un prophète au langage virulent et quelques fois violent s’opposant aux disparités sociales… Samarie connaissait un certain essor économique qui contrariait avec la misère de la grande majorité du peuple. L’insolence des richesses aux mains de quelques uns faisait s’interroger le prophète sur les grands idéaux de l’exode à savoir, la liberté, le droit des familles et de chacun à vivre sereinement sur la terre promise à tous et donc le droit d’avoir une maison et un travail digne. La vie quotidienne n’est-elle pas ou ne doit-elle pas être reflet de la volonté de Dieu et de sa justice? Le mérite d’Amos est d’attirer l’attention sur le lien intime entre culte et vie, profession de foi et justice (Am 5,21-27). Un tel langage de vérité blesse et menace la stabilité du royaume. Amasias prêtre courtisan, sent aussi les service du prophète dangereux et lui intime l’ordre de se retirer et de retourner chez lui au Sud (vv. 12-13). Amos lui répond : je ne suis pas un homme en quête de faveur…j’avais un métier, une maison…furent-ils modestes quand Dieu m’appela.. je ne peux pas ne pas prophétiser. Une réponse aussi simple mais profonde qui laisse transparaitre la crédibilité de son appel et la puissance libératrice de la foi en Dieu.


2.    Une mission libératrice au nom du Christ !
La crédibilité du missionnaire passe par sa capacité à braver l’adversité pour témoigner. Un témoignage qui part de la communauté : « Il les envoie deux à deux ». L’évangile n’est pas une affaire individuelle. La vie en communauté fertilise la Parole de Dieu et en fait la force d’amour des uns envers les autres dans l’unique amour divin qui nous sauve. La substance de la mission est d’annoncer Jésus le Christ Bonne Nouvelle qui arrache les peuples au mal où les esprits impurs de ce monde les retiennent captifs. Entre autres consignes, Marc souligne qu’ils ne doivent rien emporter c’est-à-dire qu’ils ne doivent pas compter sur leurs propres sécurités et moyens humains pour l’annonce du Règne de Dieu. Il s’agit là d’un appel incessant à s’armer pour toute sorte de traversée du désert, le désert du martyre et des persécutions. En première lecture, Amos en est un exemple de fidélité et de détachement qui libère des biens de ce monde et toutes autres faveurs qui distraient et obscurcissent l’évangile. Être apôtre c’est-à-dire envoyé du Règne de Dieu est aussi appel à vivre la pauvreté comme sacrement de foi, foi en Celui qui envoie, voit et pourvoit. Sans l’esprit de pauvreté il n’y a pas de foi chrétienne qui tienne. C’est elle qui aide à ne pas tomber dans les piège de l’autosuffisance personnelle et de la bureaucratie idéologisant  pour toujours laisser place à l’action de l’Esprit Saint unique moteur de toute annonce parce qu’Il nous fait comprendre le projet d’amour de Dieu sur l’humanité.

3.    Récapituler toute chose dans le Christ !
L’humanité n’existe pas par un pur hasard. Elle s’insère dans un projet d’amour où nous marchons dans la Lumière pour une communion intime avec Dieu. Il nous fait ses fils en son Fils Jésus Christ, privilège d’amour qui nous régénère et nous fait conquérir sa ressemblance et son image que le péché détruit. L’annonce et l’accueil de l’évangile sème en nous cette réalité de salut, richesse de sa grâce.

P. Chelbin Alfred Wanyinou HONVO