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vendredi 21 septembre 2012

VISITE APOSTOLIQUE AU LIBAN, LE COURAGE D’UN PAPE

          Il s’est une fois encore vérifié l’adage selon lequel le bien ne fait pas de bruit. En effet j’ai essayé d’observé tout au long de la semaine les résonnances dans la presse internationale de ce voyage que le Saint-Père a « voulu de toutes ses forces. » Comme il est aisé de le constater, ce sont les violentes protestations nées du film jugé blasphématoire et des caricatures de Charlie Hebdo en France qui ont occupé et continuent d’occuper les médias. Quoi de plus normal quand l’on connait le principe selon lequel bad news are good news.
          Au-delà des images fortes de l’accueil chaleureux, de la signature et de la remise de l’Exhortation Apostolique post-synodale Ecclesia in Medio Oriente, du pape accueilli par les leaders musulmans avec respect et considération ou du pape s’adressant aux jeunes chrétiens et musulmans sur leur engagement en vue d’un Moyen-Orient pacifique en clair, sur leur avenir en tant que jeunes, je voudrais personnellement souligner le courage exceptionnel de Benoît XVI. Quel chef d’Etat ou de gouvernement aurait pu programmer une visite d’Etat impliquant de grands rassemblements de foules dans une situation aussi explosive ? Le réalisme diplomatique et sécuritaire aurait pu indiquer purement et simplement la voie de l’annulation. Mais Benoît XVI a tenu au maintien du calendrier, comme il le dit dans l’interview sur le vol, pour manifester la sollicitude et la proximité d’un père à des fils en difficulté et pour porter le message de paix, de liberté religieuse et non de tolérance religieuse, dans une région en proie au fondamentalisme et à la violence, véritables falsifications de la religion, toujours selon le Pape.
          Par ce voyage, Benoît XVI montre aussi que la meilleure attitude face à la violence n’est pas la peur mais le courage auréolé de l’amour et de la vérité. Amour pour les populations en difficulté, vérité sur les problèmes mais surtout courage face au spectre de la violence toujours plus bruyante. L’opinion publique libanaise toutes tendances confondues désirait que se prolongeât la visite du Saint-Père. Car dans un climat de tensions, de haines et de violence, personne en réalité ne gagne ni le fort encore moins le faible. Il fallait Benoît XVI en ce moment précis de l’histoire contemporaine du Moyen-Orient pour montrer qu’une alternative à la haine existe, l’amour, que vivre dans le respect réciproque, la compréhension et la fraternité relève du possible, que la liberté religieuse pour tous est gage de paix mais aussi un acte de foi. Il fallait le courage de l’amour et de la vérité pour réussir ce beau témoignage en faveur de la paix. En ces temps, où le fondamentalisme religieux gagne peu à peu l'Afrique subsaharienne, ce message du Saint-Père intéresse au plus haut point les jeunes africains.

P. Eric Oloudé OKEPITCHA

vendredi 27 juillet 2012

POURQUOI ABANDONNENT-ILS LEUR CONTINENT ?


      « Ils » les jeunes africains abandonnent en masse le continent africain à la recherche des lendemains meilleurs sous d’autres cieux, Europe, Canada, Etats-Unis… Quel jeune africain ne rêve pas de poser un jour ou l’autre devant la tour Eiffel ou devant la statue de la liberté qu’il a toujours vues sur le net ou dans un reportage ? Ne dit-on pas que le monde est devenu un « village global » ?

Et si après le Baccalauréat, il se heurte aux conditions difficiles de vie et d’études dans les universités africaines souvent pléthoriques  et presque toujours marquées par une pénurie criarde de personnel enseignant qualifié et de matériel didactique, il commence par nourrir le  désir de fouler de ses pieds les couloirs des universités étrangères, à la quête d’une formation meilleure. A-t-on oublié que la plupart des élites actuelles de nos pays africains ont été formées dans lesdites universités ?

Et si par bonheur, il réussissait à finir ses études universitaires sur place (ce qui n’est pas donné à tout le monde)  il expérimentera chemin faisant, quel que soit son secteur d’activité,  les lourdeurs et autres magouilles administratives aussi paralysantes les unes que les autres. Naîtra alors une envie, celle de s’échapper pour des conditions plus valorisantes de la compétence  et du mérite sous d’autres cieux.

Quand se dégradent les conditions sociales et économiques et que, par surcroît, la stabilité politique disparaît dressant le lit aux conflits et guerres, le jeune africain prend la route de l’exil pour échapper à la misère ou  au massacre dans le cas des conflits. Dans son nouveau pays d’accueil, il se dit prêt à n’importe quel travail pour survivre, vivre et faire vivre. Mon cœur d’africain saignait au cours de la crise libyenne en voyant débarquer sur les côtes italiennes, dans des conditions héroïques pour ne pas dire tragiques, des milliers de réfugiés africains. Interrogés certains ont crié leur malchance : ils ont tout bradé pour aller en Libye et voilà que deux ans après, sans épargne consistante, ils sont contraints de fuir les combats. Retourner au pays… ils n’ont plus rien là-bas sinon que tout le monde attend d’eux quelque chose. Unique possibilité, continuer l’aventure en tentant l’Europe..

Les raisons sont infinies pour lesquelles, les jeunes africains prennent la décision d’abandonner leur continent. Et en quelques années, ils ont investi l’Europe, le Canada et les Etats-Unis jusqu’à devenir aujourd’hui un problème de société par rapport auquel les partis politiques sont invités à prendre position, tiraillés qu’ils sont entre l’ouverture et le repli sur soi, à la faveur de la crise qui les secoue aussi.  

Et l’érosion des forces vives du continent africain continue entre rêve, envie, désir et ambition... Mais que deviennent-ils et que font-ils réellement une fois partis ?

P. Eric Oloudé OKPEITCHA

jeudi 12 juillet 2012

CRISE SYRIENNE, ENTRE DIPLOMATIE ET SOLUTION MILITAIRE


Dans un article daté du 14 février dernier, intitulé « crise syrienne, l’impasse ou les négociations », nous avions tenté de montrer en quoi la situation libyenne était différente de celle syrienne et d’indiquer la voie des négociations comme la plus sage et la plus intelligente géopolitiquement : « Pour notre part, étant donné que les conflits finissent toujours sinon souvent autour de la table des négociations, il est peut-être plus sage de ne pas verser trop le sang humain avant de s’y rendre. Les rapports de force entre rebelles et forces loyales sont disproportionnelles. Le régime syrien ne montre pas encore des signes d’essoufflement ou de fissure malgré les sanctions imposées par certains pays. L’Onu peine à s’accorder sur une action concertée. Les deux pays capables d’une action unilatérale (France et USA) sont pratiquement en campagne électorale avec une réélection qui s’annonce difficile pour leur président respectif. Un appui direct et militaire devient peu probable eu égard à l’opinion peu favorable de ces deux pays aux interventions militaires. La ligue arabe est-elle en mesure d’intervenir militairement sachant que le régime syrien conserve encore des alliés de taille dans la zone ? Rien n’est moins certain. »

Près de cinq mois plus tard, les faits nous donnent dramatiquement raison. La situation, loin de s’améliorer, s’empire dans la mesure où l’hypocrisie règne en permanence dans les tentatives de  résolution. Effort diplomatique le jour par soutien officiel aux actions en vue d'une solution politique et négociée de Koffi ANNAN et  dans l'ombre, on essaie d’armer qui les rebelles, qui le régime. Du coup, les deux parties  sont pleinement entrées dans la logique de la guerre et se fient désormais à une solution militaire qui n’a jamais été la meilleure au grand dam des populations au service desquelles chaque partie prétend se mettre. En somme, une situation de guerre meublant simultanément les pourparlers de paix.   

Les occidentaux, fidèles à leur  traditionnelle clé de lecture des événements qui aboutit  presque toujours  à la désignation du « camp du bien » et du « camp du mal » ont déjà fait leur option ; option relayée par les médias occidentaux France 24 ou TV5 pour ne citer que ceux-là. A grand renfort de vidéo amateur avec les mêmes cris, avec un décompte macabre régulièrement mis à jour par l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme dont certains mettent en doute l’impartialité et l’objectivité, les occidentaux tentent de rallier l’opinion publique internationale à leur cause. Point n’est besoin d’être expert ou professionnel de communication pour voir le service informatif amplifié fait sur un général qui fait défection alors qu’on ne sait rien du nombre de généraux que compte l’armée syrienne ni la position hiérarchique du général démissionnaire ou tombé en disgrâce. Les récits des opérations militaires des rebelles de plus en plus armés et organisés sont pratiquement inexistants, mais les bombardements du pouvoir  sont montrés à longueur de journées. Mais tous les observateurs et analystes avertis et dépourvus de parti pris s’accordent pour dire que la situation syrienne est plus compliquée qu'on ne le pense. La logique de guerre est désormais installée. L’assiette sociale du régime se fragilise avec les grèves lancées par les commerçants,   contraignant le régime à ne tenir que par la force. Ce qui évidemment ne peut durer indéfiniment rien que par le fait de la lassitude du peuple pris en otage entre deux feux. Quelle garantie avons-nous qu’un éventuel chaos syrien n’embrasera pas la sous-région ? dans quel cas de figure serions-nous au lendemain d'une éventuelle chute du régime, sachant que les occidentaux ne s'attardent pas en général sur le « service après-vente » pour reprendre une expression du Canard enchaîné  du 4 juillet 2012 sur la situation en Lybie. Qui pourrait prétendre connaitre  à fond le projet politique des opposants dont on connait bien les divergences ?   

A notre humble avis, il faudrait que les syriens acceptent de se regarder en face pour trouver un compromis autour des changements à apporter à la vie politique de leur pays sachant que ce pays leur appartient, majorités ou minorités, musulmans de tous bords et chrétiens. Le caractère mosaïque de leur pays le recommande vivement ; de plus une intervention militaire extérieure, dans leur cas, est peu probable pour des raisons politiques, militaires et économiques. Le sang des milliers d’innocents exige la recherche du compromis politique. Enfin  qu’ils n’oublient pas qu’ils sont en train de détruire leur beau pays…

P. Eric Oloudé OKPEITCHA     


lundi 26 mars 2012

ELECTIONS PRESIDENTIELLES 2012, LE PEUPLE SENEGALAIS A TRANCHE...


          Il vient de subir un démenti cinglant, ce dicton africain qui veut « qu’aucun autre arbre ne pousse et ne grandisse sous le baobab. » Ce dicton bien adapté à l’époque de la monarchie où le roi ne connaît son successeur que d’outre-tombe et où tout prétendant trop pressé de prendre le pouvoir ne parvenait plus au trône, semble gravé dans le subconscient de certains chefs d’Etat africains. Par cet échec conclusif  dont il aurait pu se passer, le président Abdoulaye Wade aura appris, malgré lui, que les temps ont changé et  que personne ne saurait arrêter la roue de l’histoire. Il a toutefois le mérite d’avoir vite reconnu sa défaite en félicitant son rival.

L’histoire du président Wade et de son successeur  s’apparente bien à l’arbre qui voudrait pousser sous le baobab. Premier ministre tombé en disgrâce, il aura  franchi tous les obstacles dressés sur son chemin avant d’aboutir aux félicitations de celui qui aurait dû être son parrain et maintenant, son meilleur conseiller, tenant ainsi quelques ficelles du pouvoir pour la gestion de son héritage politique. Mais hélas ! L’aveuglément du pouvoir, la logique des courtisans  ne voyant pas plus loin que leurs intérêts immédiats en auront décidé autrement. Se croyant le seul capable de conduire les destins du Sénégal dans les circonstances actuelles, le président Wade aura la bonne surprise d’écouter un autre président tant il est vrai qu’il n’y a pas d’indispensable sur cette terre.

Le mérite de cette bonne nouvelle venant de l’Afrique revient naturellement au peuple sénégalais. Les meilleurs constitutionnalistes commis à la tâche de trouver les mécanismes pour sauter les verrous du fameux article limitant le nombre  de mandats à deux, les stratégies de communication visant à déstabiliser tous les candidats en face, les gigantesques moyens déployés dans la campagne électorale auront été impuissants face à la détermination d’un peuple désireux de  vivre le changement. Bravo à l’opposition qui a pu s’unir contre la candidature jugée par elle, anticonstitutionnelle du président sortant.

L’histoire politique du continent africain vient d’enregistrer une énième fois l’avertissement qu’il faut savoir quitter les choses avant qu’elles ne vous quittent. Abdoulaye Wade passera la main, non à un dauphin, mais à un rival. C’est un signal fort pour tous les présidents ayant quelque velléité de sauter la limitation des mandats présidentiels, même si chaque peuple a son histoire.

Mais à y voir de près, l’onde de choc du printemps arabe a certainement joué dans la détermination des jeunes qui ont beaucoup contribué à la victoire de Macky Sall. En réalité, ce n’est pas une vision de la société qui a triomphé sur l’autre puisque les deux candidats du second tour sont tous des libéraux, à des nuances près. Mais  les jeunes africains sont de plus en plus hostiles au pouvoir éternel et à l’immobilisme politique ;  c’est une donnée qu’il faut désormais prendre en compte. La situation socio-économique aggravée par le fort taux de  chômage  des jeunes n’est pas de nature à favoriser l’acceptation du statu quo. Les violences et les morts entre 6 et 15 morts ont creusé le désir du changement. Enfin, la rhétorique arrogante du pouvoir en place prédisant le « K.O » dès le premier tour, n’a fait qu’exaspérer la détermination des opposants et de la société civile créant la psychose de la fraude massive comme dans d’autres pays. La réaction a été la vigilance extrême que l’on a pu observer lors des deux scrutins dont l’exemplarité montre que les élections calamiteuses ne sont pas une fatalité en Afrique.  

Dans tous les cas, le peuple sénégalais aura envoyé au monde un message démocratique qui honore tous les africains, après la triste nouvelle du Mali qui nous a rappelé ces jours-ci un passé qu’on croyait révolu, celui des « juntes militaires » et de leur rhétorique classique « … suspendu jusqu’à nouvel ordre… »

Mais le plus dur va peut-être commencer maintenant pour Macky Sall ; en effet, en politique, il plus facile de s’unir contre que de s’unir pour. Le grand défi est de répondre aux préoccupations des sénégalais en faisant chanter à défaut de l’unisson,  tout au moins  de façon harmonieuse le choeur de  tous les artisans de la présente victoire. Ce ne sera pas une mince affaire.
P. Eric Oloudé OKPEITCHA


mardi 14 février 2012

CRISE SYRIENNE, L’IMPASSE OU LES NEGOCIATIONS ?


La crise syrienne a  été marquée,  ces dernières semaines, par le veto russe et chinois à une résolution de l’Onu condamnant le régime syrien. Tollé général et consternation dans les capitales occidentales, reprise de la violence qui n’a jamais faibli en Syrie. Sur le plan diplomatique, les occidentaux  semblent avoir été pris à leur propre piège. Se profile à l’horizon l’impasse de l’enlisement avec son cortège d’énormes pertes en vies humaines, de destructions matérielles énormes, de déchirement du tissu social difficile à recoudre par la suite.

L’ombre du précédent libyen…

Le précédent libyen où  les forces de l’Otan ont largement dépassé le cadre de la résolution onusienne qui visait à protéger les civils en installant une zone no-fly au-dessus de la Libye reste encore dans les mémoires. Malgré les protestations russes quant à l’application de ladite résolution, l’Otan s’est rangé du côté des rebelles jouant un rôle décisif dans leur victoire qui s’est soldée par l’élimination du colonel Kadhafi dans les conditions qui restent à élucider.  Cette opération libyenne, dont se vantent certains leaders européens dans leur bilan, a provoqué d’énormes dégâts collatéraux  dont on ne parlera jamais. A quoi  servent et serviront ces tonnes d’armes volatilisées dans la nature qu’elles proviennent du dépôt de l’ex-dictateur ou de celles fournies à la population pour  s’auto-défendre ? Les violences de ces derniers jours en Libye et dans certains pays voisins, font croire que l’incendie n’est pas complètement éteint.

A notre avis, le précédent libyen explique, pour une large part,  la position de la Chine et de la Russie qui, une fois de plus, ne voudraient plus se laisser  berner par  la rhétorique occidentale des « mots » qui ne rendent pas toujours compte des intentions. A cela il faut, bien entendu, ajouter  la sauvegarde de leurs  propres intérêts économiques et géostratégiques  et la préservation de leur propre régime. Qui sait si demain, le vent de la contestation ne gagnera pas leur propre pays ? Déjà la Russie essuie des mouvements de révolte encore impensables, il y a encore quelques mois…     

Et si on commençait par négocier…

Pendant ce temps, la violence ne cesse de croître dans les villes syriennes, surtout depuis l’apparition d’une armée libre qui tente de reproduire le modèle libyen en combattant les forces fidèles au régime. Des pertes en vies humaines sont enregistrées au jour le jour. Quel est l’avenir de ce processus infernal ? n’est-il pas temps de négocier l’avenir du pays après un cessez-le feu ?

Pour notre part, étant donné que les conflits finissent toujours sinon souvent autour de la table des négociations, il est peut-être plus sage de ne pas verser trop le sang humain avant de s’y rendre. Les rapports de force entre rebelles et forces loyales sont disproportionnelles. Le régime syrien ne montre pas encore des signes d’essoufflement ou de fissure malgré les sanctions imposées par certains pays. L’Onu peine à s’accorder sur une action concertée. Les deux pays capables d’une action unilatérale (France et USA) sont  pratiquement en campagne électorale avec une réélection qui s’annonce difficile pour leur président respectif. Un appui direct et militaire devient peu probable eu égard à l’opinion peu favorable de ces deux pays aux interventions militaires. La ligue arabe est-elle en mesure d’intervenir militairement  sachant que le régime syrien conserve  encore des alliés de taille dans la zone ? Rien n’est moins certain.

Tout à notre avis, indique l’impasse ou  la voie des négociations. Les peuples sont différents et certainement différentes seront leurs révolutions. Le mimétisme, dans ce cas,  peut se révéler dangereux. Mieux vaut, dès maintenant,  poser les jalons des négociations de paix impliquant toutes les parties concernées.
P. Eric O. OKPEITCHA

mardi 31 janvier 2012

LES REVOLUTIONS ARABES, UN AN APRES...



Photo: La Presse Canadienne /AP/Muhammed Muheisen. Des milliers d'Égyptiens sont rassemblés place Tahrir.
Source : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2012/01/25/002-egypte-revolte-premier-anniversaire-25-janvier.shtml


L’année 2011 restera marquée dans les annales de l’histoire par les révolutions arabes. Ce à quoi personne n’osait penser s’est produit : des régimes dictatoriaux, sédimentés par plusieurs années de règne sans partage, se sont écroulés les uns après les autres, face à la pression de la rue. Ben Ali prend la fuite, au bout de 18 jours de pression et de répressions de la rue, Hosnie Moubarak démissionne ; après plusieurs mois de répressions, de combats violents contre les rebelles appuyés par les troupes de l'OTAN (une première en politique internationale) Kadhafi est tué dans des conditions qui restent à élucider et qui peut-être, ne le seront jamais. Un an après, il est peut-être permis de risquer quelques réflexions en termes de bilan provisoire d'un mouvement toujours en cours.
Si en Tunisie, le samedi 14 janvier dernier a été l’occasion d’une grande fête populaire sur l’avenue Bourguiba, en souvenir de la chute du dictateur Ben Ali, des élections libres et transparentes du 23 octobre dernier, plusieurs interrogations demeurent et des incertitudes se profilent à l’horizon. Le Figaro du (14 - 15 janvier 2012, p. 6) rapporte les propos de Azza Turki, journaliste tunisien à l’hebdomadaire Réalités : « nous avons un gouvernement légitime mais nous sommes dans le flou total. Et les signaux que nous envoie le nouveau pouvoir ne sont pas rassurants… » Comme on pouvait s’y attendre, la chute des dictateurs n’a pas réglé le problème du chômage qui, rappelons-le, a été l’une des bases de la révolte. Les basses classes et la jeunesse continuent de broyer du noir et ne manquent plus d’exprimer leur impatience. Dans l’un des berceaux de la contestation contre Ben Ali, plus précisément à Kasserine, le président Moncef Marzouki, le président de l’Assemblée constituante Mustapha Ben Jaafar, et le chef du gouvernement l’islamiste Hamadi Jebali ont essuyé les huées de la foule. Ce n’est pas anodin.

A cela, il ne faut pas oublier la victoire des islamistes dans la plupart des révolutions arabes. Ces partis contraints à la clandestinité sous les régimes précédents ont pris la voie royale pour accéder au pouvoir. Ils sont finalement les grands gagnants des révolutions arabes. Etait-ce là la volonté de ces jeunes manifestants qui n’hésitaient pas à sacrifier leurs vies en manifestant contre les dictatures ? Rien n’est moins sûr. La logique du pouvoir démocratique veut que qui gagne les élections gouverne. Pourquoi s’étonner d’une islamisation rampante de la société, nomination des islamistes dans les principaux organes de l’Etat, recrudescence du niqab dans les rues, manifestation des salafistes en vue de son introduction dans les universités, une certaine police des mœurs… Jusqu’où va tenir cet équilibrisme des gouvernements d’islamistes en alliance avec les modérés et libéraux ? Les incidents mineurs qui ont émaillé la première assise de la nouvelle assemblée égyptienne sont assez éloquents.

Une chose nous paraît sûre, une démocratie à l’Occidentale relèverait d’un rêve. En effet, l’Occident a réalisé en quelques décennies cette expulsion du religieux de l’espace public pour y introniser la raison. Le religieux est relégué totalement dans l’espace privé, et une vigilance, sous le nom de laïcisme, est montée pour éviter son interférence ou son retour dans le débat public. Et c’est avec ses lunettes que l’Occident lit et interprète l’histoire des autres peuples. Les pays arabes tout comme les pays africains du Sud-Sahara sont loin de réaliser cette séparation qui vire à l’antagonisme entre le religieux et le politique. En se jetant aux côtés de la rue arabe contre les dictatures qui leur devaient en partie leur longévité, les pays occidentaux rêvaient de voir s’établir des démocraties comme les leurs. D’où les appréhensions actuelles face à l’évolution de la situation des ces pays où se croisent désormais plusieurs visions de la liberté et plusieurs lectures de la place de la religion dans le débat public. Des dictatures politiques et militaires sont tombées, mais il faut craindre que d’autres, fondées sur la religion, ne s’érigent à leur place. Elles pourraient susciter de nouvelles  révolutions qui ne produraient pas facilement les mêmes résultats que les premières.
P. Eric Oloudé OKPEITCHA

mercredi 18 janvier 2012

LA LEGERETE, UN DRAME DE L'HOMME CONTEMPORAIN



La nave Costa Crociere naufragata, 14 gennaio 2012
(ANSA/MAURIZIO DEGL ‘INNOCENTI
)

Vendredi 13 janvier 2012, alors que l’ombre de la dégradation des notes de 9 pays européens dont la France couvrait le monde des marchés, une autre tragédie commençait sur les côtes de l’île Giglio en Italie :  le naufrage - qui rappelle celui de  Titanic  un siècle plus tôt -  du navire de croisière Costa Concordia avec à son bord 3000 passagers et près de 1000 membres d’équipage. Il s’agit d’une petite ville flottante, un paradis terrestre sur la mer. Le décor et le luxe à l’intérieur contrastent nettement avec la grisaille qui caractérise la vie normale d’une façon générale. Seulement que pour ce vendredi, la nuit des rêves ne tarda pas à devenir celle des cauchemars.  Seraient mis en cause pour le moment, selon la presse, en attendant les conclusions de la justice,  la décision du commandant de bord à naviguer trop près de l’île[1] pour, semblerait-il, faire contempler la beauté de l’île aux touristes, contenter un membre d’équipage provenant de l’île, faire admirer le navire aux habitants de l’île, saluer un certain vétéran de la marine italienne vivant sur l’île et qui a déjà déclaré être absent au moment des faits, le manque d’alerte et d’appels au secours, son retrait hors du navire avant le dernier passager …Les prochains jours nous situeront davantage sur les vraies raisons. Mais ce qui est certain, c’est que la parade a tourné au vinaigre ; le navire a heurté un récif,  s’est brisé,  a pris de l’eau et a  commencé à s’enfoncer. Les survivants ont raconté leur cauchemar.

 Après la douleur pour les morts, les disparus, les blessés et la perte de ce joyaux avec tous les problèmes économiques collatéraux, l’opinion a été choquée par les premiers témoignages sur le comportement hallucinant du commandant Francesco S. Est alors paru un mot dans la presse italienne comme française,  celui de « légèreté » (leggerezza) qui nous a fait beaucoup réfléchir. A notre avis, c’est l’un des drames de l’homme contemporain, et pour cause.

Une observation de ce dernier dans son agir et même dans son être révèle souvent un touche-à-tout, vivant dans un univers d’appareils qui le sollicitent sans cesse, ne lui laissant aucun répit pour un quelconque approfondissement ou intériorisation. C’est aussi le type d’homme rebelle aux normes, voulant toujours faire comme bon lui semble, en quête perpétuelle de plaisirs, de  sensations, privé des ressources de la religion et, du coup, avec des ressorts internes fragiles. Il devient un homme léger et ne peut que produire des « légèretés » aux conséquences imprévisibles sinon dramatiques. Il semble alors que nous nous éloignons du temps d’un autre type d’homme, capable d’intériorité d’où il puisait les énergies qui le rendaient capables d’actes héroïques qui remplissent les annales de l’histoire. Un retour aux valeurs éthiques et religieuses, à une éducation non laxiste et conséquente,  est indispensable pour bâtir une civilisation d’hommes et de femmes dotés  d’une épaisseur humaine admirable qui soient capables d’écrire en lettres d’or et de noblesse,  par leur agir et leur être, l’histoire de notre temps.
P. Eric Oloudé OKPEITCHA.



[1] 150 m au lieu de 500, cf. Il Giornale, du 16/01/12 p. 3.

samedi 14 janvier 2012

BARACK OBAMA, QUE RESTE-T-IL DU MYTHE ?



President Obama delivering his speech at the State Department. Photograph: Michael Reynolds/EPA  
Au soir du 4 novembre 2008, le monde entier retint son souffle face à l’inédit : Barack OBAMA, un afro-américain de 47 ans devient le 44ème président des Etats-Unis.  Le 20 janvier 2009, le couple Obama intègre la Maison Blanche. Inutile de préciser que cette élection a été saluée dans le monde entier ;  on avait l’impression de vivre une révolution à l’échelle mondiale,  l’inauguration d’une nouvelle  ère marquée par la paix et l’arrêt des guerres, la fin de l’unilatéralisme américain dont on connaît les conséquences fâcheuses de par le passé, la destruction des barrières raciales érigées entre les peuples…  Le jeune président américain, frais et beau, allure sportive, langue déliée, discours alléchant, avait tout pour plaire, pour séduire. Les africains tiraient de cette élection une légitime fierté. L’Obama-mania est allée galopante, créant prématurément le mythe Obama. Trois ans plus tard, nous retrouvons Barack Obama  au sommet du G20 à Cannes, un président des Etats-Unis sans pouvoir réel sur la crise financière qui secoue la zone euro  et menace l’économie mondiale,  un président des Etats-Unis   qui a perdu de sa fraîcheur et de  son clinquant physique,  (la barre des 50 ans est désormais dépassée)  et qui, visiblement, ne suscite plus grand enthousiasme sur le plan international. En quelques mois de pouvoir, beaucoup de choses se sont passées…

Ce changement  s’explique, à notre avis, par le trop grand espoir placé en lui par la communauté internationale. Après les guerres qui ont marqué le dernier mandat de son prédécesseur, beaucoup espéraient ouvrir une nouvelle page à l’échiquier mondial, celle de la paix oubliant qu’il n’est que le président des Etats-Unis, élu pour défendre d’abord et avant tout, les intérêts américains. Ensuite, le contexte économique mondial n’a pas facilité la tâche au président Obama. Les crises économique et financière  ont  profondément marqué son mandat, des crises dont il n’avait pas  tous les leviers.  S’il a pu arrêter finalement la guerre d’Irak avec le bilan que nous connaissons, il a été obligé de poursuivre celle d’Afghanistan, augmentant le nombre de soldats américains à quelques jours de sa désignation comme prix Nobel de la paix en octobre 2009. Le fameux discours du Caire qui laissait présager une main tendue au monde musulman n’a pas tellement modifié la situation du Moyen-Orient où le processus de paix israélo-palestinien n’a pas connu d’avancées notables.  A tous ces événements, il faut  ajouter la vague du printemps arabe qui a surpris les occidentaux, mouvement dans lequel les pays occidentaux ont dû tourner le dos aux dictatures qu’ils supportaient hier, leur préférant la rue au visage inconnu.

Par ailleurs, plusieurs africains sont restés déçus par l’appui des Etats-Unis au retour de la France en Afrique, lors de la crise ivoirienne et surtout lors de la guerre en Libye qui a abouti à la mort du colonel Kadhafi. Les africains auront finalement compris que, malgré ses origines africaines, Barack  Obama  « n’est que » le président des Etats-Unis. En réalité, la politique a sa logique qui, après avoir laminé le mythe, l’a redimensionné pour ne laisser subsister que le  simple homme politique. Ceci dit, les jeunes africains peuvent s’inspirer de la ténacité dans le travail de cet aîné. Certains prévoyaient qu’il n’irait pas au bout du mandat, d’autres rêvaient d’une gestion calamiteuse émaillée de scandales de tous ordres. Mais les faits sont là pour prouver le contraire ; un mandat marqué par des succès certes mais aussi par des reculs, en somme le bilan d’un homme politique ordinaire.  

P. Eric Oloudé OKPEITCHA.




mardi 10 janvier 2012

LA GUERRE D'IRAK, QUEL BILAN ?

                                                                                               
                                                    Un soldat américain en Irak © Abacapress
Fidèle à sa promesse de campagne, le président Obama a mis fin à la guerre en Irak en ordonnant le retrait total des troupes américaines. Le 18 décembre 2011, les derniers soldats américains sont rentrés au pays, laissant un petit nombre chargé de la sécurité de l’ambassade des USA dans ce pays qui portera pendant longtemps encore les stigmates de la guerre et de plus de 8 ans d’occupation militaire. Quel bilan  tirer de cette expérience ? les objectifs fixés en 2003 ont-ils été atteints ?
Le 20 mars 2003, malgré l’opposition ouverte de certains pays comme la France, la Russie et la Chine qui menaçaient d’utiliser le droit de veto pour bloquer toute résolution de l’ONU portant intervention armée contre l'Irak, les Etats-Unis et leur allié, le Royaume-Uni décident unilatéralement d’attaquer l’Irak. Les vaillants soldats irakiens ont résisté mais que pouvaient-ils face aux  plus puissantes armées de la terre ? Le 1er mai 2003, sur un ton victorieux, le président George BUSH proclamait la fin de la guerre conventionnelle avec le sentiment prématuré de "mission accomplie". S’ouvraient alors 8 années d’occupation militaire au rythme des attentats et de guérilla. Plusieurs dignitaires du régime de Saddam ont été éliminés. Après un long procès, le dictateur déchu est condamné à mort pour les crimes contre l’humanité commis contre son propre peuple le 5 novembre 2006; le 29 décembre de la même année, il est pendu à l’aube. Dans l’incapacité de remettre de l’ordre dans le chaos installé, les Etats-Unis demandent que les autres pays envoient des troupes pour la sécurisation du territoire. On connait la suite…
Aujourd’hui, les américains laissent derrière eux un pays complètement détruit où règne l’insécurité. Les attentats sont devenus tellement fréquents qu’ils n’attirent plus l’attention de l’opinion internationale. Les rivalités entre les diverses composantes de la population (shiite et sunnite) sont ravivées. Les attaques contre les chrétiens revendiquées par les islamistes se multiplient. Apeurées ces populations chrétiennes se jettent sur la route de l’exil forcé. Les pertes en vies humaines sont très élevées. La démocratie qui devait remplacer la dictature peine à s’inscrire dans la réalité. Les armes de destruction massive détenues par Saddam Hussein n’ont jamais été brandies devant l’opinion ; les supposés liens de ce dernier avec les auteurs des attentats du 11 septembre 2001 restent à prouver. Alors qu’une grave crise de gouvernement menaçant le fragile équilibre politique pointe à l’horizon, les Etats-Unis se retirent, laissant les irakiens à leur sort.
En somme un guerre dont les mobiles se sont écroulés les uns après les autres ; une guerre débutée sans l’aval de l’Onu, une guerre qui aura semé la mort sans faire luire aucun espoir de vie. Une guerre dont on ne fera jamais le procès pour situer les responsabilités de ces milliers de vies humaines détruites, de ces générations de jeunes irakiens sacrifiés parce que n’ayant pas eu les conditions d’épanouissement humain, social et psychologique normal. Ils sont nés durant la guerre Iran-Irak, ils ont grandi durant les successives guerres du golf et parviennent à l’âge adulte sous l’occupation américaine. On ne parlera jamais assez des traumatismes psychologiques remarqués chez plusieurs soldats de retour au pays, désormais incapables de mener une vie normale à cause de l’horreur qu’ils ont vécues et dont les images sont gravées dans leur mémoire. Malheureusement l’histoire ne semble pas avoir compris la leçon. La guerre ne peut jamais constituer la solution. Dominique de Villepin martelant l’opposition de la France à une intervention armée contre l’Irak, disait justement en 2003, aux Américains qu’il est facile de gagner la guerre mais difficile de construire la paix. Les faits lui ont donné raison.
P. Eric Oloudé  OKPEITCHA     

mardi 27 décembre 2011

LA CONDAMNATION A DEUX ANS AVEC SURSIS DE JACQUES CHIRAC, UN AVERTISSEMENT SOLENNEL

                                               Jacques Chirac, le 5 novembre 2010.AFP/PATRICK KOVARIK
Plus de 20 ans après les faits qui remontent d’ailleurs à l’époque où il était maire de Paris, Jacques Chirac a été condamné à deux ans de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris, le 15 décembre 2011, à la suite un procès fort médiatisé, tenu du 5 au 23 septembre. On reproche à l’ancien Chef de l’Etat français le "détournement de fonds publics", l’"abus de confiance" et la "prise illégale d'intérêt", pour une vingtaine d'emplois, sur les vingt-huit objet d’examen par la cour. Ce dernier a choisi de ne pas faire appel bien qu’il condamne catégoriquement le jugement en s’en remettant simplement aux parisiens et parisiennes qui l’ont porté trois fois à la tête de leur ville, aux français et françaises qui lui ont confié les rennes de l’Etat pour deux mandats successifs.


Au-delà de l’aspect émotionnel que suscite le fait de voir un ancien Chef de l’Etat devant la justice, en d’autres termes, réduit à la plus simple expression commune d’humain et de citoyen – on revoit encore Saddam Hussein devant ses juges, Hosni Moubarak porté au tribunal dans un brancard, Laurent Gbagbo répondant aux questions des juges de la CPI - ces événements poussent à la réflexion sur la nature du pouvoir dans le contexte démocratique et de façon générale, dans le contexte de notre époque. L’obligation de rendre compte devient une exigence étendue à tous les nouveaux. Le pouvoir monarchique couvrait d’immunité le monarque qui l’exerçait à vie et mourait avec les secrets et les abus de son règne. Le pouvoir dictatorial est actuellement en passe de disparaître – à quelques exceptions près - acculé par la revendication des peuples à vivre libres, à choisir leurs dirigeants et à pouvoir se prononcer sur la manière dont ils sont dirigés. Ce qui transforme radicalement le pouvoir public en un exercice ponctuel sous haute surveillance, avec un taux d’impunité garanti très bas. Il n’y a donc normalement plus de place pour les médiocres invités à changer de métier tant il est vrai, qu’avec les moyens de communication actuels, il est possible de remonter le fil du temps pour réexaminer tel ou tel aspect de la vie des gouvernants.


Ces mutations du pouvoir doivent être saisies par la jeunesse africaine. Si le pouvoir en Afrique a été pendant longtemps le fait des rois puissants disposant de la vie et de la mort de leurs sujets en toute impunité – même si certains, parmi eux, ont fini tragiquement -, puis celui des présidents battant le record de la longévité au nom de la stabilité, le cours de l’histoire subit aujourd’hui des changements notables qu’il faille prendre en compte. Ce qui se passe actuellement au Sénégal – avec un président octogénaire qui veut briguer un troisième, semble détonner par rapport à marche actuelle de l’histoire. Mais les mêmes causes produisant les mêmes effets, la fin des pouvoirs qui se veulent « éternels » est connue.


Somme toute, le procès et la condamnation à deux ans avec sursis de l’ancien président français Jacques Chirac, plus de 20 ans après les faits, après avoir bénéficié de l’immunité pendant ses deux mandats présidentiels, sonne comme un avertissement solennel à tous les hommes au pouvoir que la reddition des comptes est à envisager à tout moment.

                                    P. Eric Oloudé OKPEITCHA

mercredi 14 décembre 2011

UN "PRINTEMPS" RUSSE ?

                                        
                                          Manifestants russes.  Photo par STAFF/Reuters
                                   /Photo prise le 5 décembre 2011/REUTERS/Anton Golubev


Les ondes du printemps arabes semblent se propager vers la Russie de Poutine. C’est du moins ce qui ressort de la gigantesque manifestation anti-Poutine le lundi 5 décembre 2011 dans plusieurs villes de la Russie. Depuis les années de Boris Eltsine, on n’avait plus vu pareilles mobilisations en Russie. Seulement 30.000 selon la police et plus de 100.000 selon les organisateurs. Normale et habituelle guerre des chiffres en pareilles circonstances ! mais au-delà des chiffres, le fait suscite réflexions.

Que se passe-t-il en Russie ?  A entendre les manifestants, ils réclament l’annulation pure et simple des élections législatives jugées truquées en faveur du parti au pouvoir (Russie Unie) qui n’a pas toutefois manqué de perdre 77 sièges au Parlement. Sur leur plateforme de revendications 4 autres points figurent, à savoir la libération des détenus politiques dont Mikhail Khodorkovskij, l’ex-patron du Yukos, la démission du chef de la commission électorale centrale, l’enregistrement de tous les partis politiques  et la démocratisation des lois régissant la vie politique et enfin l’organisation de nouvelles élections législatives. Ces revendications sont assorties d’un ultimatum de 15 jours. Faute de quoi de nouvelles manifestations déjà prévues le 24 décembres signeront la mise en route de la « révolution blanche » (couleur portée par les manifestants.) Qu’a pu faire Poutine, héros de la Nation, qui a remis la Russie sur les rails par des réformes économiques fort  appréciées pour devenir objet de tant de slogans hostiles ? qu’est-ce qui explique cette fissure dans un pouvoir aussi fort ?

A notre avis, il s’agit avant tout de l’effet contagieux du vent de liberté qui souffle actuellement  sur le monde. La chute des régimes forts du monde arabe, à peine imaginable il y a quelques mois, a été un grand précédent pour tous les peuples menés par des régimes non démocratiques ou dictatoriaux. Le « pourquoi pas nous ?» est une puissante source de motivation. En effet, après près de 12 ans au pouvoir, Poutine s’apprête à retourner au Kremlin en mars prochain pour 4 ou 8 années encore, puis  éventuellement une pause constitutionnelle et ainsi de suite… Or,  il s’agit de comprendre que la perspective du « pouvoir éternel » devient de plus en plus insupportable pour les peuples ;  le sentiment d’un avenir pré-déterminé par un leader fût-il charismatique  ou un clan est devenu, en soi, source de révolte. Même si ces manifestants semblent infimes par rapport à la population globale et que le pouvoir en place les traite d’agents à la solde des Occidentaux, il faut s’abstenir de minimiser aussi vite l’issue desdites manifestations.  Tout a commencé aussi simplement et aussi banalement dans le monde arabe. Les résultats sont là aujourd’hui.  Affaire à suivre de près….
P. Eric Oloudé OKPEITCHA

samedi 10 décembre 2011

UN SYSTEME ECONOMIQUE SANS COEUR, DES P. A. S. AFRICAINS AUX PLANS D'AUSTERITE EUROPEENS



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Les années 80 ont été très difficiles pour les pays africains. Plusieurs parmi eux, en cessation de paiement des salaires, ont dû recourir aux institutions économiques internationales de Bretton Woods (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International…) pour un plan de sauvetage. Et alors, ils ont découvert dans leur chair, le vrai visage du capitalisme à travers les fameux Programmes d’Ajustement Structurels visant à résoudre le double déséquilibre économique et financier. Ces divers programmes imposés aux Etats africains se sont traduits par le changement obligatoire d’option idéologique : les pays d’obédience marxiste léniniste comme le Bénin ont été contraints à renoncer publiquement et officiellement à ladite idéologie; le changement de régime politique : au parti unique devait succéder immédiatement le multipartisme intégral avec des élections libres et le respect des valeurs démocratiques et des libertés; le dégraissage systématique de la fonction publique avec les départs volontaires (des fonctionnaires ont été incités, moyennant un fond d’accompagnement- qu’ils ont mal géré pour la plupart, n’ayant pas été préparés – à quitter la fonction publique) et les départs ciblés entrant dans la politique de réduction drastique du nombre des fonctionnaires; le blocage des recrutements des agents permanents de l’Etat pour plusieurs années; la privatisation des sociétés d’Etat passées aux mains des capitaux étrangers dans la plupart des cas.
Les conséquences sociales de toutes ces mesures ont été désastreuses : des vies brisées, des morts par manques de moyens ou par désespoir, le vieillissement progressif des fonctionnaires sans relève. Il faut dire que 20 ans plus tard, toutes les blessures ouvertes ne sont pas encore cicatrisées. Et à cette époque on s’illusionnait qu’une telle cure ne pouvait concerner que les Etats Africains.
Mais la crise grecque et surtout la façon dont elle a été gérée, les réformes politiques, économiques et sociales imposées à ce pays nous ont prouvé le contraire. Les lamentations de la rue grecque n’ont pu arrêter les mesures de plus en plus drastiques destinées à rassurer les marchés. En se retrouvant le 8 décembre 2011, les dirigeants européens ont pu saisir la portée de la crise : un tiers d’entre eux, en l’espace de quelques mois, ont été emportés dans les flots furieux de la crise. Sur cette liste des victimes de la crise, on ne peut omettre le premier ministre italien Silvio Berlusconi. La crise, en l’espace de quelques semaines, aura réussi là où l’opposition et les scandales répétés n’ont pu rien faire. Le tandem Sarkozy-Cameron qui a parfaitement fonctionné en Libye jusqu’au « show commun » à la fin des opérations n’a pas résisté à la révision du traité de l’Euro incluant des sanctions automatiques  pour les dérapages budgétaires nationaux. Le Royaume-Uni se retrouve dans un isolement sans appel à cause de son opposition à tout contrôle de Bruxelles sur la City. Par ailleurs, les discours des Etats Européens sur le non-respect des droits de l’homme par la Chine ont cessé à cause d’une éventuelle main secourable que pourrait incarner ce pays. C’est dire combien nous sommes entrés dans un monde dominé par un système économique sans cœur… Quelle est alors la place de l’homme dans un tel monde ?

P. Eric Oloudé OKPEITCHA

vendredi 2 décembre 2011

LAURENT GBAGBO A LA C.P.I, LES DEFIS D’UNE VRAIE JUSTICE




Le mardi 29 décembre 2011, l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo a été transféré à la Haye pour répondre des crimes contre l'humanité (meurtres, viols et violences sexuelles, persécutions)  retenus contre lui. D'un côté, les autorités actuelles de ce pays en voie de reconstruction assurent avoir respecté toute la procédure légale prévue en la circonstance. Les partisans de l'ex-chef d’État avancent plutôt l’idée d’un “hold-up politico-judiciaire” et suspendent, en représailles, toute participation au mouvement de  réconciliation nationale  à peine initié dans le pays. Ce développement de la situation ivoirienne était attendu et suscite quelques réflexions.

On pourrait se demander pourquoi cette docilité des nouvelles autorités du pays à la “communauté internationale” quand l'on sait par exemple, que la Libye, a refusé et obtenu la non-extradition de  Saïf-Islam, le fils de Kadhafi contre qui, pourtant, pèse un mandat d’arrêt international émis par le même tribunal. La réponse selon laquelle, le nouveau pouvoir ivoirien doit beaucoup à la communauté internationale n'est pas suffisante quand l'on sait que les nouvelles autorités libyennes ont “coûté” plus à ladite communauté internationale. Pour certains, l'approche des élections législatives prévues pour ce mois en Côte d’Ivoire, explique, en partie, l'extradition dans la mesure où la présence de l'ancien chef de l’État sur le sol ivoirien constitue un véritable problème politique pour les nouvelles autorités. Ne l'oublions pas, aux yeux d'une partie de la population, il incarne la “résistance” aux pouvoirs occidentaux. Pour d'autres, cette extradition conforte l'impartialité prônée par le nouveau pouvoir dans  le traitement des violences post-électorales en Côte d'Ivoire. En ce sens, la Cour Pénale Internationale de la Haye  paraît  une instance neutre, un “arbitre impartial” capable d'évaluer la responsabilité des uns et des autres. D'autres plus subtiles font état d'une manœuvre destinée à devancer une éventuelle décision de la cour de justice de la CEDEAO qui prendrait comme précédent, le cas de TANDJA l'ex-président du Niger, pour demander la libération de Gbagbo en attendant son procès pour les crimes économiques pour lequel son pays voudrait le juger.

Quel que soit le point de vue adopté ou l'angle d'analyse retenu, il importe, à notre avis, de reconnaître dans cet acte, l'inauguration de l'ère de la reddition des comptes. Le continent africain a trop souffert de ces amnisties décidées dans le but de préserver la paix sociale, effaçant d'un revers de la main des milliers de crimes de sang, sacrifiant ainsi sur l'autel de la réconciliation et de la paix, la justice qui est un élément non négligeable d’un vrai processus de paix. Cela sonnera comme un avertissement solennel pour les détenteurs du pouvoir politique sur tous les continents.

Deux défis demeurent cependant à relever : que la CPI fasse réellement un travail impartial. Des exactions auraient été commises par les deux camps lors des troubles. Si l'on prend le ou les responsables d'un camp, il ne faudrait pas qu'en face, l'on se contente de quelques « exécutants » ou menus « fretins » à sacrifier tendant à faire croire que lesdites violences sont des incidents isolés perpétrés par quelques brebis galeuses. Qu’on s’en tienne aux vrais responsables.  Le deuxième défi de crédibilité est que la CPI ne se contente pas seulement des violences qui ont émaillé le dernier scrutin présidentiel. Cela aurait été trop facile et manquerait de sens historique en participant à la baisse de confiance d’une bonne partie de l’opinion publique aux institutions internationales dites aux soldes de quelques pays qui voudraient s’ériger en gendarmes de la planète. Il faut, dans le souci d'un travail d'exorcisme du mal à sa racine, remonter au début des troubles en 2002, tant il est vrai, qu'une rébellion n'est pas une mince affaire dans un État souverain ayant des institutions et des textes régissant la vie politique. Qui a formé, armé et soutenu financièrement les rebelles d’alors durant leur longue conquête du pouvoir ? Ce travail de profondeur qui ne manquerait pas de gêner quelques intérêts est nécessaire si l’on ne veut pas se contenter d’une justice superficielle qui condamne les vaincus et ménage les vainqueurs comme l’histoire politique contemporaine en recèle.

Relever ces deux défis ferait comprendre  aux uns et autres que la violence ne devrait plus être envisagée comme  un moyen de conquérir ou de se maintenir au pouvoir. Le pouvoir doit servir la vie  et non la détruire. 

P. Eric Oloudé OKPEITCHA 








mercredi 30 novembre 2011

BENOIT XVI : UNE VISION EMINEMMENT POSITIVE DE L’AFRIQUE


Le Pape Benoît XVI recevant un présent des enfants d'Afrique. Bénin, le 19/11/11

Entre autres éléments, le récent voyage du Pape en Afrique, précisément au Bénin du 18 au 20 novembre, aura mis en relief, la vision nettement positive de Benoît XVI sur l’Afrique. L’Afrique « boîte de Pandore » pour les uns, « sanctuaire de tous les maux » pour d’autres,  a été qualifiée par le Pape de « poumon spirituel  pour une humanité  qui semble en crise de foi et d’espérance »[1] et de « réserve de vitalité » sur lesquels peuvent compter l’Eglise et l’humanité.  A travers les dix discours prononcés sur le sol béninois, mais aussi dans l’interview  accordée aux journalistes sur le vol qui le menait à Cotonou,  Benoît  XVI a proclamé haut et fort sa confiance et son estime pour le continent africain.

Ces deux expressions, pour ma part, sont essentielles d’abord pour les africains eux-mêmes , portés à leur insu, à l’auto-flagellation, à la résignation, au pessimisme par la vision que ne cesse de leur projeter les médias. En effet, à force de ne voir de soi que des images négatives, on finit par perdre l’horizon du bien et du beau dont on est  pourtant porteur. Le drame de l’immigration sauvage est là, devant nos yeux impuissants, pour témoigner à quel point une bonne partie des forces vives de l’Afrique, ne pense qu’à l’Europe, comme l’unique possibilité de vie et de survie. On pourrait se livrer à tous les dangers du désert et de la mer, pour qu’on parvienne aux portes de « l’Eldorado » l’Europe. Or, les problèmes actuels et futurs de l’Europe, conseilleraient autre chose.  L’Afrique, en se prenant au sérieux, en faisant face aux problèmes qui la minent et que le Pape a  si bien mis en relief dans l’Exhortation Apostolique  Post-synodale Africae Munus, offrira à l’humanité, non seulement ses ressources minières mais aussi humaines et spirituelles.

Ensuite, ces deux « expressions » pourraient aussi interpeller l’opinion publique européenne assez ignorante de l’Afrique, dans son ensemble. Certains y voient simplement un pays laminé par les guerres, les calamités et les épidémies, la  destination de leurs œuvres de charité pour lesquelles il convient de les saluer. Mais l’Afrique est plus cela. Elle est riche de sa pauvreté qui lui donne l’élan de recevoir et non  la nausée de la surabondance ;  elle est riche de son respect du sacré, de son sens de la vie et de la famille, de sa foi en Dieu et dans un au-delà de la vie qui tranche nettement avec un positivisme desséchant.  L’Afrique est riche de son espérance au cœur des difficultés, de sa jeunesse fraîche et nombreuse qui  ne demande qu’à être  bien formée et orientée pour déployer toutes ses potentialités.

Les titres du dernier chapitre et de la conclusion, respectivement « Lève-toi, prends ton grabat et marche ! » (Jn 5,8) et « aie confiance ! Lève-toi, il t’appelle ! » (Mc 10,49) sont assez suggestifs pour nous dire ce que l’humanité attend de l’Afrique.  



[1] Homélie  de la Messe d’ouverture de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques (4 octobre 2009 ) . AAS 101 (2009), p. 907 ; DC 2433 (2009), p. 951.